Quand des humains guident des oiseaux dans les airs pour leur apprendre la migration
Si vous ne connaissez pas un mot, surlignez-le avec votre souris et cliquez sur “Translate” pour le traduire dans la langue de votre choix.
Quand des humains guident des oiseaux dans les airs pour leur apprendre la migration.
Paris (AFP) - Après un été en Allemagne, ils parcourent depuis fin août les 1.800 kilomètres qui les séparent de l'Espagne, où ils passeront l'hiver. Mais à la différence des autres oiseaux migrateurs, ces trente jeunes ibis chauves élevés en captivité sont guidés par des humains embarqués dans un ULM.
Depuis plus de 20 ans, l'association autrichienne Waldrappteam ("Waldrapp" désignant l'ibis chauve, ou ibis érémite) mène ce projet pour réintroduire à l'état sauvage ces oiseaux au plumage noir, à la tête dégarnie et au long bec rouge, classés "en danger" d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et qui, en Europe, existent surtout en captivité.
Présent originellement sur le pourtour méditerranéen, l'ibis chauve a subi un lourd déclin dû à la pression humaine et à la dégradation des prairies.
Chaque année, au printemps, l'équipe prélève des oisillons du zoo de Rosegg, en Autriche, deux à huit jours après l'éclosion.
Ils sont élevés par deux parents adoptifs, cette année Eszter Bajka et Fabienne Tilg, qui les nourrissent et prennent soin d'eux quasi 7j/7. Pour être reconnaissables, elles sont constamment vêtues d'un haut jaune.
Les jeunes ibis sont aussi exposés au bruit de l'ULM qui leur servira de guide dans leur voyage jusqu'en Espagne puis, à partir de juin, sont entraînés à le suivre.
"En réalité, les oiseaux ne suivent pas l'avion, ils suivent le parent adoptif qui est dans l'avion", explique à l'AFP Johannes Fritz, biologiste autrichien et directeur de l'association, joint par l'AFP dimanche, alors que le convoi avait atteint l'étape de Ruoms en Ardèche.
Depuis fin août, une quinzaine de personnes parcourt le trajet et remonte le campement, volière incluse, à chaque étape.
Lorsque les conditions ne sont pas assez bonnes pour permettre aux oiseaux de voler, le trajet s'effectue par la route. Mais cela n'empêche pas les animaux de mémoriser les coordonnées géographiques, explique M. Fritz.
Si l'un des oiseaux s'éloigne durant le vol, il est appelé par l'une des mères adoptives au son de "Komm, Komm, Waldy, Komm, Komm" ("viens viens, Waldy (diminutif du nom de l'oiseau, ndlr), viens viens"), accompagné d'un signal lumineux.
Et, par précaution, tous les oiseaux sont équipés de balises GPS.
Quinze ibis finiront leur trajet en Catalogne et quinze en Andalousie, où ils seront pris en charge par d'autres associations, dans le cadre de ce vaste projet soutenu par le programme européen de financement LIFE.
Le projet sera considéré comme un succès si les oiseaux arrivent à revenir à leur point de départ l'été prochain et s'ils se reproduisent.
L'association s'est inspirée du film américain "Fly Away Home" - "L'Envolée sauvage" en français -, sorti en 1996, qui retrace l'histoire, au Canada, d'une adolescente qui apprend à des oies à voler pour rejoindre la Virginie. Le film est basé sur l'histoire vraie de l'artiste canadien Bill Lishman.
Accédez à l'intégralité de l'article, choisissez un abonnement
Les deux "mères adoptives", Fabienne Tilg (gauche) et Eszter Bajka, avec un ibis chauve, dans le camp de Binningen, dans le sud-ouest de l'Allemagne, le 22 mai 2026 - SEBASTIEN BOZON (AFP)