Au Musée national libyen, un "voyage" au-delà des clivages politiques

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Au Musée national libyen, un "voyage" au-delà des clivages politiques.

Tripoli, Libye - Peintures rupestres, antiquités gréco-romaines, joyaux des dynasties ottomanes : le Musée national libyen a récemment rouvert ses portes après 14 ans de fermeture, offrant à un pays profondément divisé l'occasion de redécouvrir un patrimoine qui transcende les clivages politiques.

A peine franchie l'entrée de l'emblématique Saraya al-Hamra ("la citadelle rouge") au coeur de Tripoli, autrefois siège du pouvoir, les visiteurs entreprennent un périple - initiatique pour les plus jeunes - à travers l'histoire de la Libye.

"Arrivée il y a à peine un quart d'heure, j'ai déjà l'impression d'avoir voyagé. C'est un monde à part", s'enthousiasme auprès de l'AFP Nirmine Miladi, 22 ans, étudiante en architecture.

Sa soeur Aya, qui prépare une thèse en décoration d'intérieur, apprécie "la répartition des espaces, l'éclairage de précision, les écrans et outils interactifs", qui rendent le musée "accessible à tous".

- "Période sombre" -

Le Musée national, déployé sur 10.000 m2 et quatre étages, a connu "une période sombre pendant les 14 années de fermeture", explique à l'AFP le professeur Mohamad Fakroun, chargé de la coopération internationale au Département des Antiquités.

Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver la stabilité. Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: un gouvernement basé à Tripoli, reconnu par l'ONU et dirigé par Abdelhamid Dbeibah et un autre à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar.

Craignant pillages et actes de vandalisme après la révolution libyenne, le Département des Antiquités avait "évacué tous les artefacts jusqu'à ce que le pays retrouve sa stabilité", rappelle M. Fakroun, archéologue de 63 ans dont 38 passés au sein de la Mission archéologique française de Libye.

Le Département des Antiquités et son personnel ont oeuvré à "préserver un patrimoine historique et culturel qui appartient à tous les Libyens", souligne à l'AFP la nouvelle conservatrice Fathiya Abdallah Ahmad.

Mme Ahmad a fait partie de la poignée d'initiés qui connaissaient l'emplacement des pièces murées où les trésors du musée ont été dissimulés pendant plus d'une décennie. Une opération qui a permis de sauver l'intégralité des oeuvres en attendant la réouverture du musée "dans un format moderne, conforme aux normes internationales", se réjouit-elle.

Le site consacre une salle complète "au fils de Leptis Magna, Septime Sévère, qui a dominé l'empire romain au 3e siècle" et une autre à des objets volés puis restitués notamment par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, se félicite M. Fakroun.

- "Passé méconnu" -

Beaucoup de Libyens ont vu dans l'inauguration du 12 décembre le "retour d'un symbole national", un "indice de stabilité" après des années de guerre civile et "un pas vers la réconciliation entre les Libyens et avec leur passé, souvent méconnu", estime Aya, l'étudiante de 26 ans.

Avis partagé par Fatima al-Faqi, une enseignante de 48 ans qui accompagne un groupe de lycéennes "pour leur faire découvrir l'histoire libyenne et nourrir leur sens du patriotisme".

Entre le musée à l'ancienne qu'elle avait visité en sortie scolaire "il y a 30 ans" et celui qu'elle redécouvre aujourd'hui, "il y a un monde de différences !", s'exclame-t-elle.

Malgré les difficultés économiques d'un pays riche en pétrole mais qui affronte des pénuries fréquentes d'espèces et de carburant, le gouvernement de Tripoli a investi près de 5 millions d'euros dans la réhabilitation du site et ses alentours.

Les travaux, étalés sur six ans, ont été menés "en coopération avec la Mission française et la Fondation Aliph (Alliance internationale pour la protection du patrimoine) chargées des études, inventaires et formation du personnel", explique M. Fakroun.

Le musée entend transmettre un message d'affirmation identitaire et donner de l'espoir aux visiteurs "dont 95% n'étaient pas nés quand il était en fonction avant 2011", souligne-t-il.

Si les statues romaines - "toutes nues !" - font ricaner certains écoliers, leur taille et leurs visages figés les impressionnent autant que les sabres et fusils turcs du 16e siècle ou les animaux empaillés de la section d'histoire naturelle.

Venue avec sa mère, Mariam, 6 ans, dit avoir "tout adoré" et "appris des choses nouvelles" dans un musée servant aussi à "réfléchir à l'avenir".

Sa mère, Sarah Al-Motamid, 34 ans, souhaite que sa fille "comprenne que nous ne sommes pas sans passé ni civilisation. Beaucoup de gens ignorent que notre pays a une histoire millénaire et nous regardent comme si nous étions sans valeur".

This article was published Thursday, 8 January, 2026 by AFP (701 words)
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Photo par MAHMUD TURKIA / AFP


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