À la frontière, le calme ramené par Trump masque l'angoisse économique des Américains
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À la frontière, le calme ramené par Trump masque l'angoisse économique des Américains.
San Luis (AFP) - Entre les centaines de migrants défilant quotidiennement pour demander l'asile, les courses-poursuites avec les fuyards, et la lutte contre le trafic de drogue, Jason Mercado était débordé lorsqu'il travaillait pour la police américaine aux frontières sous Joe Biden.
"Maintenant, c'est paisible", constate cet agent à la retraite devant le mur désert qui sépare les États-Unis du Mexique, près de la ville de San Luis, en Arizona.
À la veille des élections de mi-mandat, cette région aride du sud-ouest prouve que Donald Trump a tenu sa principale promesse de campagne : ramener l'ordre à la frontière.
Dans le secteur de San Luis, la police aux frontières interpelle moins de 10 migrants par jour, contre jusqu'à 2.000 sous son prédécesseur démocrate.
Amorcée lors des derniers mois de la présidence Biden, cette chute s'est accélérée avec l'offensive anti-immigration du milliardaire républicain.
Déposer une demande d'asile à la frontière est devenu extrêmement difficile, les migrants interpellés près du mur ne sont quasiment plus remis en liberté dans l'attente d'une audience, et les descentes musclées contre les sans-papiers aux quatre coins des États-Unis ont eu un effet dissuasif.
Lors de leurs patrouilles, les ex-collègues de M. Mercado lui racontent donc que "c'est très calme".
"Un ou deux ont même utilisé le mot ennuyeux", sourit cet électeur républicain de 56 ans.
- Soulagement -
Dans la petite ville de San Luis, le soulagement est palpable, même chez les démocrates, car la crise humanitaire a lourdement pesé sur la région.
Églises et associations ont nourri et hébergé des milliers de personnes en transit. L'hôpital de Yuma, chef-lieu du comté, a été totalement submergé, et l'État fédéral lui doit encore des millions.
"Nos impôts allaient à tout ça", rappelle Georgina Escamilla, dans son restaurant mexicain.
"Ils donnaient de l'argent à des personnes qui venaient d'autres pays, alors que ceux qui vivent ici ne reçoivent pas d'aide", critique l'électrice de gauche de 63 ans.
Mais la quiétude retrouvée cache un nouveau malaise parmi les habitants de cette région agricole, l'une des principales productrices de salades et de légumes du pays.
"Avec Trump, on s'est tiré une balle dans le pied", râle Ricardo Vasquez.
L'ouvrier agricole de 58 ans n'accepte pas de devoir payer son gasoil plus de 20% plus cher depuis le déclenchement de la guerre en Iran par le président.
"Le pays n'était pas si mal avant qu'il arrive, et maintenant, avec l'essence, c'est comme si on se prenait des claques, parce que tout part à la hausse", grogne-t-il.
Dans ses champs de laitues et de brocolis, Mike Pasquinelli n'a plus à craindre les destructions causées par les migrants fuyant la police, qui amputaient une partie de sa production.
Mais la flambée des prix du diesel et des engrais provoquée par le conflit au Moyen-Orient dévore ses marges.
- "Incertitude" -
"Nous allons probablement avoir une réduction d'environ 20% des bénéfices (...) par rapport à l'an dernier", soupire l'agriculteur, président de la Yuma Fresh Vegetables Association.
Il a aussi dû encaisser des baisses de commandes, à cause des tensions engendrées par la guerre commerciale avec le Canada, où il exporte une part importante de ses légumes.
"Il y a eu beaucoup d'incertitude sur le marché extérieur, en particulier avec les droits de douane et les mesures de rétorsion entre pays", regrette-t-il. "L'essentiel du marché s'est stabilisé, mais nous avons connu des hauts et des bas."
Cette instabilité a aussi pénalisé la logistique, autre employeur clé de la région.
Dans ses entrepôts réfrigérés collés au mur frontière, où transitent des dizaines de camions, Mario Jauregui en a ras-le-bol d'être "constamment en train de jouer aux devinettes".
Tantôt annulés, tantôt rétablis, les droits de douane ont fait baisser jusqu'à 20% les volumes de fruits acheminés au Mexique et aux États-Unis par ses clients.
Son industrie tergiverse également car l'administration Trump n'accorde plus de permis poids lourds à certains chauffeurs étrangers.
"Tout est devenu tellement incertain que, quand on se réveille, la première chose qu'on fait, c'est regarder les informations", maugrée ce patron conservateur. "Ce n'est pas une manière de gérer un pays."
A 66 ans, il a toujours voté républicain. Mais pour le scrutin du 3 novembre, il se surprend à espérer que Donald Trump perde sa majorité parlementaire.
"Je préférerais largement avoir un Congrès démocrate et un président républicain", souffle-t-il. "Nous devons apprendre notre leçon."
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Des travailleurs dans un champ de laitues, près de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, aux abords de Somerton, en Arizona, le 20 octobre 2026 - Olivier Touron (AFP)